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The Interior Circuit, Francisco Goldman

imageEncore une belle découverte du classement de The Guardian sur les livres abordant le thème de la ville. Francisco Goldman est un écrivain américain originaire du Guatemala. Il partage sa vie entre New-York où il enseigne dans une université du Connecticut et Mexico City. C’est dans cette dernière qu’il a rencontré sa femme Aura, décédée il y a 5 ans dans un accident de body surf.

Le livre décrit son processus de deuil après la mort soudaine de sa compagne. On est loin de la description romanesque d’une Joan Didion dans The Year of Magical Thinking. Le livre ne manque de charme mais l’auteur a préféré mélanger des sujets personnels et d’autres plus politiques. Il réside dans une partie de la ville (Condesa) que j’ai eu la chance de connaître lors d’un séjour en 2014 et je trouve sa description très fidèle. On y retrouve bien l’esprit du District Fédéral (Mexico City est un peu comme Washington i.e. elle n’appartient pas à un état en particulier).

Concernant l’aspect politique, là aussi j’ai appris beaucoup de choses. L’auteur passe de longs moments sur deux affaires qui ont secoué la capitale mexicaine ces dernières années. La première lors de la dernière campagne électorale qui a vu l’élection d’Enrique Peña Nieto candidat du PRI, parti politique au pouvoir de façon presque continue depuis 70 ans. Ce dernier était gouverneur de l’état de Mexico qui entoure la ville lorsque la police, sous ses ordres, a donné la charge contre des manifestants à Atenco (contre la construction d’un aéroport) donnant la mort à plusieurs personnes. Lors d’une intervention dans une université huppée de Mexico le candidat n’a exprimé aucun regret après des questions répétées des étudiants. Ce qui devait être une simple intervention avec des étudiantes dociles a fini en une fuite sous les caméras de télévision du candidat (il prendra même refuge dans des toilettes pendant un moment). D’autres universités se joignent au mouvement sous la bannière « Yo Soy 132 ».

L’autre affaire est celle des disparus du bar/boîte « After Heavens » : en pleine journée 12 jeunes sont enlevés à la sortie d’une boîte en plein centre-ville de Mexico. Après avoir nié le crime et essayer de relativiser leur innocence (ils sont issus d’un quartier malfamé de la capitale, Tepito) les forces de l’ordre retrouveront «par hasard » les corps des jeunes dans une province du Sud. L’auteur nous permet de suivre l’enquête grâce à son amitié avec un journaliste espagnol.

Dans les deux cas, on aborde une face cachée de la ville qui connaît pourtant un taux de criminalité inférieur à celle de Washington ou Chicago. L’ouvrage est aussi une bonne introduction à la politique de la ville qui est tenu par le parti progressiste démocratique (dont le candidat a perdu par deux fois les élections présidentielle).

Les chapitres qui abordent sa tentative de conduite en voiture dans la ville sont très instructifs et parfois drôles quand on a connu la jungle que peut être le trafic dans Mexico City.

Il n’y a rien a jeté dans cet ouvrage. Cela donne envie d’y retourner mais cette fois-ci avec un regard nouveau.

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Shanghai Homes: Palimpsests of Private Life, Jie Li et Winesburg, Ohio par Sherwood Anderson

imageJ’ai pour habitude de ne pas trop m’attarder devant les classements de fin d’année mais celui de The Guardian sur les livres à propos des villes à éveiller mon intérêt. Nous allons passer une semaine cet été à Shanghai et au lieu de lire un livre de tourisme habituel, j’ai pensé à lire un livre sur l’histoire de la plus grande ville chinoise. Bien qu’elle ait une mauvaise réputation pour son côté « Dubaï », cette ville portuaire a une histoire ancienne.

L’auteur nous propose de découvrir les deux «alleyway » de sa famille paternelle et maternelle. Ces ruelles sont caractéristiques de Shanghai, je devrais dire « étaient » car elles sont été détruites dans les années 2000 pour faire place à de nouvelles habitations. Dans les deux cas elles ont été construites dans les années 30 par des compagnies étrangères qui étaient à l’époque propriétaires de concessions dans la ville. Ces maisons unifamiliales abritaient des cadres de sociétés britannique et japonaise dans le cas des familles de Jie Li. Les trois époques sont décrites séparément : avant la révolution, la période communiste dure et enfin après les années 70 jusqu’au déplacement des familles au début des années 2000. Ce livre est une bonne fenêtre sur l’évolution de la société chinoise. Après la révolution une famille occupait une pièce dans chaque unité et donc celle-ci pouvait abriter 3 ou 4 familles. Tout le monde se surveillait bien sûr et même étant loin des grands épisodes de l’histoire sa famille a connu les conséquences. Le simple fait d’avoir été soupçonné forçait le maître de la famille à devoir aller travailler en campagne pour supporter la grande marche en avant. Derrière ce sont les femmes qui, laissées toute seules, devaient faire vivre la famille. Les lieux, la famille sont bien sûr décrits mais aussi les objets de la vie de tous les jours et comment était organisée la vie dans ces micro-communautés.

 

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Ce classique de la littérature américaine du 20ème siècle est un recueil de nouvelles sur cette ville imaginaire du « Midewest » : Winesburg, Ohio. Nous sommes au 19ème siècle il y a encore un petit côté ville à la frontière de la conquête de l’Ouest. L’histoire est centrée sur la vie de Georges Willard, journaliste en herbe qui rêve de faire carrière dans la grande ville, Cleveland ou Columbus. Chaque nouvelle décrit un des personnages qui a des racines dans cette région ou comme beaucoup ont atterri là pour « se refaire » après un échec, un scandale dans une autre région. Chaque protagoniste va se confier au reporter, chaque vie décrite n’a pas suivi la trajectoire envisagée mais il n’y a pas de tristesse. Il y a un point commun dans chacune de ces histoires : aucun personnage n’arrive à exprimer ses sentiments directement, tout reste dans le suggéré ou le non-dit. Une belle description de l’Amérique rurale.

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Flaneur Magazine

flaneur_issue03_ruebernard_cover2Il est toujours difficile de trouver les « bons » endroits dans une ville.  Bien sûr il y a les incontournables sites culturels ou les monuments historiques mais après comment vivre, si ce n’est que pour quelques heures, comme un local? Les guides papiers ne sont pas d’un grand secours. Après il existe des applications comme Foursquare/Swarm, Help, etc. qui à travers les critiques de restaurants et café permettent de découvrir aussi des quartiers. Le site Quora est aussi une bonne source d’informations mais il faut savoir lire entre les lignes pour discerner les avis pertinents, on a pas tous les mêmes attentes en terme de tourisme et donc il faut le prendre en compte quand on lit une critique. La lecture sur des sujets de fond ou l’écoute de podcats par exemple sur l’urbanisme permet de se construire une petite base de connaissances. Je suis tombé sur ce magazine, Flaneur,  qui se propose de faire découvrir une rue par numéro. Le dernier numéro est consacré à l’avenue Bernard, ici à Montréal. Cela m’a permis de voir si le magazine ne travestisait pas trop la réalité. Je dois dire que le résultat est très bon. Sans tomber dans le cliché du coffee shop et de la micro-brasserie à la Monocle, j’ai même découvert des choses. Enfin il y a aussi le hasard ou plus joliment dit en anglais « serendipity ».

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The Thousand Autumns of Jacob de Zoet, David Mitchell

7141642J’ai découvert cet auteur bien plus tard après avoir vu le film Cloud Atlas qui est tiré d’un de ses romans. Comme le film m’avait surpris, dans le bon sens, quand j’ai appris le lien avec l’auteur anglais cela a éveillé ma curiosité. Je n’ai pas été déçu.

Ce roman nous amène à la rencontre d’un poste de négoce hollandais dans le Japon de la fin du 18ème siècle. Le pays a une politique très isolationniste, la présence de marchands est cantonné à cette presque île au large de Nagasaki. Tout n’est pas fiction dans ce livre car ce « bureau de représentation » de la VOC (la Compagnie néerlandaise des Indes orientales) a vraiment existé.

L’histoire suit l’installation de Jacob de Zoet qui est un clerc du nouveau directeur qui arrive après la descente en disgrâce de l’ancien directeur. On découvre beaucoup de pratiques à la lecture:   l’interdiction d’amener sur le territoire un ouvrage religieux ou celle de parler avec un indigène sans passer par un membre de la guilde des traducteurs. Cela n’empêche le jeune hollandais de tomber amoureux d’une sage-femme japonaise et le drame qui s’en suit avec en toile de fond les ambitions anglaises sur le commerce orientale.

Bien que le niveau d’anglais soit très soutenu avec un vocabulaire maritime parfois obscur le roman se lit bien. Il y a de l’humour tout en retrouvant bien la sensibilité japonaise, cette fatalité face au destin ou la discrétion dans les rapports humains.

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Letter

From a Quora answer about the view of the Chinese people on the American Revolution, this letter from the Qianlong Emperor to King George III in 1793:

Hitherto, all European nations, including your own country’s barbarian merchants, have carried on their trade with our Celestial Empire at Canton. Such has been the procedure for many years, although our Celestial Empire possesses all things in prolific abundance and lacks no product within its own borders. There was therefore no need to import the manufactures of outside barbarians in exchange for our own produce. But as the tea, silk and porcelain which the Celestial Empire produces, are absolute necessities to European nations and to yourselves, we have permitted, as a signal mark of favour, that foreign hongs [merchant firms] should be established at Canton, so that your wants might be supplied and your country thus participate in our beneficence.

But your Ambassador has now put forward new requests which completely fail to recognise the Throne’s principle to « treat strangers from afar with indulgence, » and to exercise a pacifying control over barbarian tribes, the world over. Moreover, our dynasty, swaying the myriad races of the globe, extends the same benevolence towards all. Your England is not the only nation trading at Canton. If other nations, following your bad example, wrongfully importune my ear with further impossible requests, how will it be possible for me to treat them with easy indulgence?

Nevertheless, I do not forget the lonely remoteness of your island, cut off from the world by intervening wastes of sea, nor do I overlook your excusable ignorance of the usages of our Celestial Empire. I have consequently commanded my Ministers to enlighten your Ambassador on the subject, and have ordered the departure of the mission.

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