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The Righteous Mind: Why Good People Are Divided by Politics and Religion – Jonathan Haidt

Ce livre est une bonne suite à l’ouvrage de Daniel Kahneman, Thinking, Fast and Slow. Il reprend au début la distinction entre notre capacité à Picture1fléchir vite (système A ou l’éléphant pour Jonathan Haidt) via l’intuition, l’expérience et celle à prendre son temps, à considérer les arguments etc. (système B ou le ridder-chevalier). Les recherches de ces dernières années ont confirmé que dans la vie de tous les jours nos décisions sont très influencées par le système A d’où nos biais cognitifs. Cela ne veut pas dire que le système B n’est jamais utilisé mais cela explique pourquoi lors de conversations sur la politique par exemple les gens changent jamais ou rarement d’avis.

Je ne peux résumer tout le livre car il comporte beaucoup de subtilités qui seraient très longues à aborder et même si c’est un ouvrage de vulgarisation, ce domaine étant loin de toute expertise que je possède, je commettrais sans doute des erreurs.

Je reviendrai sur ce qui m’a le plus marqué : pourquoi les gens de droite et de gauche ne semblent pas pouvoir s’entendre et pourquoi les conservateurs (pour reprendre la classification nord américaine) ont un avantage lors des élections. L’auteur distingue 5 ensembles de valeurs qui fondent pour chaque individu son paysage morale. Il a ensuite, pour chaque tendance politique, étudié quelle est l’importance accordée à chacune de ces valeurs. Le résultat est résumé dans le graphique suivant :

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On voit bien que chez les libéraux l’importance de Care/Fairness est beaucoup plus forte que celle de Loyalty/Authority/Sanctify. On n’a pas besoin de ces études pour le savoir tant il est vrai que dans les débats actuels sur les inégalités ces valeurs sont le porte-étendard de la gauche. Mais ce qui est plus frappant c’est la différence avec les conservateurs. Et de là provient je pense une grande incompréhension de la part des libéraux éduqués ou des sociaux–démocrates. Le spectre moral des conservateurs est beaucoup plus large. C’est à mon sens ce qui permet à des hommes politiques comme Stephen Harper ou Nicolas Sarkozy de gagner des élections.

Un livre à lire avant la prochaine élection !

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Yokohama, California – Toshio Mori

143443.jpgL’auteur, Toshio Mori, est considéré comme le premier auteur americano-japonais. Publié en 1949 cet ouvrage consiste en un recueil de nouvelles sur la vie d’une communauté d’immigrants japonais dans la baie de San Francisco autour d’Oakland. On le compare souvent à Winesburg, Ohio de Sherwood Anderson chaque chapitre étant le portrait d’un individu de la communauté. Celle-ci tourne autour de la culture et la vente de fleurs. Les japonais qui vivent en Californie connaîtront la déportation dans des camps de prisonniers quand leur pays natal sera en guerre avec leur terre d’adoption. On s’ennuie pas, les personnages sont tous différents et on a un beau portrait de cette tranche de l’histoire américaine en Californie.

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Skyfaring – Mark Vanhoenacker

22926778Je viens de finir ce livre qui a reçu un peu d’attention dans la presse généraliste il y a quelques semaines. L’écrivain est un pilote de 747 pour BA. Il a un parcours un peu atypique avec une famille venant ou ayant vécu en Belgique, Congo, Brésil et aux USA. Quelques chapitres sont un peu longs au début mais dans son ensemble j’ai bien aimé. Quelques aspects intéressants somme les waypoints. l’altitude (étonnament dificille à calculer), la vitesse relative etc. Je trouve qu’il parle bien de l’expérience du voyage en avion – même si je ne suis jamais rentré dans un cockpit :( – la vue depuis les ailes, l’intimité des vols de nuit etc. Je le recommande !

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Living in the Age of Airplanes

11190922_ori.jpgSi on m’avait demandé mon avis à la sortie de la projection, je n’aurai pas mâché mes mots. Je trouvais le documentaire sur l’aviation trop « National Geographic » (l’ironie c’est qu’ils sont producteurs) à mon gout et pas assez centré sur l’aviation.

Pourtant le film était prometteur : le réalisateur avait déjà 2 documentaires à son actif, la voix-off est celle d’Harrison Ford, la musique de James Horner. Des grands noms quoi. La première partie est intéressante : elle aborde la relative jeunesse de l’avion comme mode de transport par rapport aux autres modes.

C’est aussi un peu le propos de l’ouvrage : à l’âge des compagnies low-cost, de la sécurité omniprésente et du confort tout relatif, on a oublié la magie de voler. Pendant des dizaines de milliers d’années les humaines étaient cantonnés à explorer les environs (20 miles) de leur habitat. L’invention de la roue puis de la machine à vapeur qui a permis l’existence des bateaux et trains nous a permis d’élargir nos horizons. Mais la plupart de nos ancêtres n’avaient pas la chance de pouvoir voyager et changer de continent était toujours difficile. L’avion a donc retiré toutes ces barrières.

L’autre aspect abordé est celui du transport de marchandises. Prenant le cas du voyage de fleurs depuis le Kenya vers l’Alaska en passant par Amsterdam en quelques jours seulement, l’argumentaire est ici intéressant bien que la réalisation soit encore trop grandiloquente.

Quelques belles images comme celle de l’aéroport de San Francisco vu du ciel ou la séquence sur l’Airbus A380 sauvent un peu le film mais cela reste une déception pour le passionné de l’aviation en moi.

La bande-annonce résume bien les contradictions du film.

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What’s in my bag (second edition)

-laptop: MacBook Pro 13” Late 2013
-gloves and tuques (cap), the weather is weird at the moment in Montreal, one day is mild at 13 Celsius and the day after it falls at -2
-a bag from CCA (Canadian Center for Architecture): I’m using it to bring back the vegetables from a weekly delivery at the grocery shop (pousse l’ananas)
-a pack of adhesive bands: bought it in Seoul during our summer trip. I can be clumsy, specially when shaving
-candy wrapping: my hairdresser has a candy pot nears the cash register …
-a plastic bag from a nice shop (jeans jeans jeans): I’m using it to protect the bag from my lunch box
-a USB key, never used it but you never know!
-some business cards
-my wallet, a gift from my brother
-my access card for the office
-my keys
-the usual Apple earpods
-some change (I hate bigger wallets so I end up with a lot of change in my bag)
-a Zequenz notebook bought in Tokyo (did I mention I love to travel?)
-hand cream: winter is coming so it means dry hands for me :(
-a Sarasa Zebra 0.7 pen and another one from Asiana airlines (you know because travel …)
-And my bag: KPONG SATCHEL from Cotopaxi <a href= »https://www.flickr.com/photos/matthieu/22850657490/in/dateposted-public/ »>www.flickr.com/photos/matthieu/22850657490/in/dateposted-…</a&gt;
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The Antidote: Happiness For People Who Can’t Stand Positive Thinking – Oliver Burkeman

Screen Shot 2015-11-07 at 10.46.42 AMPour ceux qui ont encore une librairie près de chez soi (ou un magasin Amazon) vous avez sans doute été fascinés par le nombre de livres de m***e dans le rayon « New Age » ou «Self–Help ». Habitant en Amérique du Nord je suis encore plus exposé à ce genre de littérature. Ma personnalité rationnelle et européenne me rend très méfiant vis-à-vis de ce genre de façon de penser, le « feel good » qui prend la forme de livres, séminaires et de centaines de billets sur des blogs.

Mais il n’est pas facile de rejeter cette façon de penser sans passer pour un pessimiste ou pire un misanthrope. L’objectif de l’auteur, journaliste au Guardian, est de proposer d’autres philosophies de vie qui permettent de surmonter les petite et grandes difficultés dans nos vies.

Il aborde le stoïcisme dans le premier chapitre et le bouddhisme dans un second temps. Ces deux derniers ayant comme point de commun de nous détacher le plus possible des évènements externes. Non pas que nous soyons dépourvus de tout contrôle mais à essayer de trop penser à ce qui nous rendrait heureux on en perd la perspective sur ce que nous avons. Comme le disait John Stuart Mill :

Ask yourself whether you are happy and you ceased to be.

Il écrit ensuite à propos de la méditation non pas comme un outil pour penser à des choses positives mais au contraire arrêter cette loupe incessante qui nous oblige à examiner nos actions, nos envies.

« People . . . think that they should always like what they do, and that their lives should be trouble-free,’ Maria wrote. ‘Consequently, their mental energy is wasted by their impossible attempts to avoid feelings of displeasure or boredom »

Une autre partie du livre aborde le mythe du succès et de l’échec. On entend souvent qu’il ne faut pas avoir peur de l’échec etc. Oliver Burkeman nous introduit au concept du biais du survivant. Tous ces livres de gens qui ont fait une fortune ou ont eu une carrière fantastique ne parle que d’une facette de l’expérience. On trouve souvent des articles titrés les 10 habitudes des entrepreneurs etc. avec des propositions comme la persévérance, le non-respect des conventions etc. Mais si on étudie les gens qui ont échoué on retrouve les mêmes traits de caractères.  On donne beaucoup d’importance pour se fixer des buts qui ne sont que des recettes pour le désastre quand ils ne sont pas atteints.

“Start with your means. Don’t wait for the perfect opportunity. Start taking action, based on what you have readily available: what you are, what you know and who you know”

Il aborde enfin la mort qui est la pensée négative, le tabou de toute philosophie motivationnelle.

Pour un livre de 200 pages c’est beaucoup mais tous les thèmes sont bien synthétisés et j’ai bien envie de poursuivre certains comme la méditation. Enfin j’en tire des conseils pour la vie de tous les jours.

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The Path Between the Seas: The Creation of the Panama Canal, 1870-1914 – David McCullough

Picture1C’est toujours pareil : vous visitez une ville et quelques mois ou années plus tard vous tombez sur un livre passionnant qui parle de cet endroit. Et bien sûr vous regrettez de ne pas avoir porté plus attention à certaines choses.

C’est ce qui est arrivé avec Panama où nous sommes allés en vacances en 2010 et le livre de David McCullough, The Path Between Seas: The Creation of the Panama Canal, 1870-1914. J’avais bien sûr une vague idée de l’origine de l’ouvrage étant donné sa place dans l’histoire française.

Ce classique datant de 1977 décrit la construction du canal entre les océans pacifique et atlantique.  Dans les petites perles d’informations trouvées à la lecture de ce livre: Panama est à l’est de la Floride et bien qu’on imagine que le canal va de l’est vers l’ouest, en fait le passage est orienté nord-sud.

La première partie du livre est consacrée à la tentative emmenée par Ferdinand de Lesseps, un entrepreneur français qui a construit le canal de Suez. J’utilise le terme entrepreneur car il n’était pas ingénieur mais il avait des rêves de réalisations techniques grandioses. On a dû mal à l’imaginer mais même si on vit dans une période de fortes innovations technologiques ce n’est pas la seule ou la première. Et l’exemple de Ferdinand De Lesseps est frappant: il va déplacer des montagnes—littéralement dans le cas de Panama—pour réaliser cet ouvrage gigantesque.

La réalité du terrain est bien dure. Contrairement à Suez où le climat certes difficile est prévisible, le Panama est une contrée encore bien inconnue. C’est une province isolée de la Colombie : le passage par la terre vers le reste du pays est presque impossible et les voies praticables sont par la mer de chaque côté de l’isthme panaméen. Les pluies torrentielles rendent très durs les travaux lors de la saison des pluies et provoquent des glissement de terrain dévastateurs. Enfin la fièvre jaune et le paludisme font des ravages, plusieurs milliers de morts surviendront lors de cette première phase.

L’idée de refaire un canal au niveau de la mer comme à Suez n’était pas praticable à Panama à cause notamment du Río Chagres qui connaît des crues dévastatrices. Un canal à écluses sera évoqué par d’autres ingénieurs mais ils ne seront pas entendus.

L’aventure française va déboucher sur le scandale de Panama impliquant des banques et hommes politiques. Bien que Lesseps ne s’est jamais enrichi dans cette affaire il semble bien qu’il est regardé ailleurs lors des malversations afin de poursuivre son rêve.

La seule réalisation durable de cette époque sera le chemin de fer qui va connaître un succès phénoménal. Il permet de relier New York à San Francisco beaucoup plus vite et sera très utilisé lors de la ruée vers l’or par les prospecteurs.

La deuxième partie suit l’expédition américaine : le président Roosevelt fait de la réalisation d’un canal son cheval de bataille. Une guerre de relation publique s’ensuit avec l’aide d’un des ingénieur français, Philippe Bunau-Varilla. Celui-ci va devenir le chef des relations publiques pour le Panama car le sénat américain doit décider de la route à prendre : Nicaragua ou Panama. Le Panama va l’emporter de justesse.

Une grande place est dédiée à la lutte contre le paludisme et la fièvre jaune. Le médecin chef Gorgas aura dû mal à convaincre que l’origine des deux maladies sont des moustiques. Cette théorie était connue depuis un moment mais n’a été que testée efficacement à Cuba. La lourdeur administrative et le scepticisme des dirigeants retardent un traitement efficace.

Deux choses m’ont frappé. Premièrement ce n’est que lorsque Roosevelt puis Taft vont changer la structure de décision que les travaux vont connaître un rythme plus soutenu. On passe d’un comité de 9 personnes à Washington vers un rôle centralisé dans les mains d’une personne à Panama. Ce chef de bataille sera John Stevens un ingénieur des chemins de fer puis George Goethals un ingénieur militaire. On le remarque parfois dans des projets informatiques open source : quand un dictateur bienveillant conduit un projet, celui-ci a une chance de connaître un certain succès.

Cela sera aussi la première fois qu’un président américain fait une visite officielle en dehors du pays. Ces visites font partie de la routine de nos jours mais le voyage de Roosevelt dans le Sud sera un véritable événement.

La construction en tant que telle est bien sûr un travail gigantesque : un barrage, des écluses énormes et la fameuse coupe Culebra qui représente une vallée artificielle de 12.5 kilomètres creusées à coup de dynamite. Cette entreprise était une petite société fermée dans le pays. Une expérience socialiste (certains députés ayant peur que les travailleurs ramènent ce modèle de retour au pays). La compagnie fournit bien sûr les vêtements, le logement pour les travailleurs et leur famille mais aussi les supermarchés, les journaux, la nourriture etc. dans la zone de construction. Le canal illustre aussi l’inégalité entre blancs et noirs : sur les 50.000 personnes seuls 6000 sont blancs (dont 2.500 sont des membres de la famille des travailleurs blancs). Les noirs représentaient une large partie des morts issus des maladies tropicales.

Beaucoup de choses se sont passés depuis l’écriture de cet ouvrage en 1977, notamment avec l’invasion américaine de 1989 mais il revient sur une époque encore moins connue. Le canal sera ouvert en 1913 et bien qu’il ai saisi l’imaginaire collectif lors de sa construction, il tombera vite dans l’oubli avec la première guerre mondiale. J’aime à penser aussi que c’est un des derniers gros ouvrages de génie civile, qu’il ferme une époque. David McCullough l’a faite revivre de façon passionnante.

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